Paris La Mode des Bao à Paris - Yam'Tcha

Published on avril 24th, 2015 | by Le Gastronome Parisien

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La Mode des Bao à Paris, pour le meilleur et pour le pire #2

Après avoir précisé la définition du terme Bao et dégusté quelques-unes des meilleures déclinaisons traditionnelles dans mon premier article consacré à la mode des Bao à Paris, je vous propose de poursuivre notre exploration culinaire parmi les nouveaux établissements parisiens à l’origine de ce phénomène. Quatre répondent pour le moment à l’appel et font figure de précurseurs sur un marché prospère dont on dit qu’il pourrait supplanter à l’avenir celui des sempiternels burgers. C’est parti pour la balade !

Huabu

Après l’incroyable succès de ses food trucks à burgers et l’ouverture de sa boutique à sandwichs américains, la jeune et énergique chef californienne Kristin Frederick s’attaque maintenant à la cuisine chinoise version US avec Huabu. Imaginé sur le même modèle que Freddie’s Deli, son nouvel établissement de la Rue du Faubourg Poissonnière propose des préparations simples à consommer sur place ou à emporter. Poulet Kung Pao, Poulet Du Général Tso, nouilles, riz sauté, la sélection est serrée mais appétissante d’autant que la cuisine ouverte joue la totale transparence. Même si l’on ressent une incontestable réflexion sur les recettes et les ingrédients, les réalisations restent encore largement perfectibles. C’est que les plats sautés demandent du doigté sur les cuissons et ils ne sont pas les moins insensibles à un maintien au chaud trop poussé.

Mais nous sommes là pour parler de Baozi ! Facturé tout de même 3.40 €, leur Baozi a une bonne tête. Lisse, régulier, d’une taille adéquate, il me plait. À la dégustation, j’apprécie la générosité de la farce même si l’équilibre avec la pâte n’est pas encore irréprochable. J’ai lu que certains lui reprochaient son manque de légèreté (en prenant sans doute comme point de comparaison les Bao de chez Yam’Tcha). À l’inverse, je mettrais en exergue comme point positif son caractère rassasiant comme doit l’être un authentique baozi. Le goût est convaincant mais j’adhère moins à la texture de la farce façon rillettes de porc passé au mixeur. Les légumes sont aussi un peu trop discrets. Toujours est-il que le bilan reste satisfaisant. Seul le prix élevé à mon sens me freine à y retourner pour combler une petite faim.

Yam’Tcha

S’il y a une adresse parisienne qui a fait parler d’elle dans les médias en ce début d’année, c’est bien la boutique Yam’Tcha. En cours de déménagement, le restaurant gastronomique de la Chef Adeline Grattard a en effet laissé place à un nouveau comptoir à bao de luxe. Forte du succès rencontré par les brioches vapeur farcies au stilton et aux cerises qu’elle servait en guise de fromage, la Chef formée un temps à Hong Kong a eu l’idée lucrative de décliner ses brioches étoilées et de les vendre à emporter. Taillé pour la clientèle bourgeoise du quartier, l’endroit à belle allure. J’ai plaisir à retrouver en arrière-plan, utilisés comme ustensile de cuisson, les excellents paniers en bambou fabriqués à Hong Kong chez Tuck Chong Sum Kee Bamboo Steamer Company. Quoique j’en dise, il faut mettre au crédit d’Adeline Grattard et de son mari Chi Wha Chan leur connaissance précise de la mégalopole chinoise et leur capacité à y débusquer des produits de grande qualité.

Crevettes/Gau Coi, Oignons/Comté/Truffes, Tofu fumé/Poireau/Champignons parfumés ou Porc basque/Trompettes de la mort, les farces proposées par Yam’Tcha sont audacieuses et jouent le mélange des cultures. Après avoir déboursé la rondelette somme de 16 € pour 5 mini spécimens, je découvre des bao à la surface irrégulière et dépourvus de la fine pellicule caractéristique. Ces Bao sont d’ailleurs difficilement assimilables à une recette traditionnelle chinoise dans la mesure où la pâte est très atypique et d’une texture, pour ma part, jamais rencontrée. Il y a un parti pris étrange de sous-cuisson qui a l’avantage de rendre la pâte plus tendre presque mousseuse mais qui la rend aussi très humide et qui procure à la dégustation une sensation pâteuse et collante assez désagréable. Certaines adorent, d’autres, comme moi, pas vraiment. Les saveurs des différentes farces sont très peu marquées et bien moins inattendues que ce que l’on pouvait s’imaginer. Les textures originelles de quelques ingrédients sont bien préservées comme le tofu et les crevettes mais les fromages sont à la limite de la liquéfaction. Triste destin pour de si beaux produits. Mon incompréhension vis à vis de ces brioches chinoises revisitées est la même que celle ressentie face à la cuisine gastronomique de la Chef Adeline Grattard (On notera en revanche les délicieux et maîtrisés Zin Deoi au chocolat). Quand ça veut pas, ça veut pas… J’ai peine à faire ce constat car on ne peut nier l’originalité et la sincérité de la démarche. J’attends avec impatience de vous vanter les mérites du restaurant Dan à Bordeaux pour prouver qu’il est possible de faire briller la cuisine franco-cantonaise !

Siseng

Siseng est le nouveau asian food bar branché de la capitale imaginé par le jeune Stéphane Siseng. Ce dernier a eu la remarquable idée d’importer à Paris le concept du Bao Burger. Un concept créé par la hongkongaise May Chow dans les allées du Island East Market et décliné très vite un peu partout dans le monde. Subtile mosaïque de saveurs asiatiques entre la Thaïlande et le Japon, les deux Bao Burgers disponibles à la carte du Siseng au tarif de 10 € ont de sérieux arguments à faire valoir.

J’ai déjà eu l’occasion de vous parler en détail des créations originales du Siseng. Alors que ce style de cuisine qui bouffe à tous les râteliers façon melting-pot asiatique a d’habitude tendance à me donner de l’urticaire, j’avais reconnu avoir été très agréablement surpris par ces Bao Burgers parisiens. Aussi bien le Bao Burger 5 épices (bœuf mariné aux 5 épices, sauce tamarin caramélisée, tempura d’oignons, oignons confits, roquette et épinard) que le Bao Burger Kaï (Poulet mariné pané à la japonaise, sauce basilic et lait de coco, poivrons rouges confits, coleslaw maison et basilic frais) m’avaient séduit par leur juste équilibre et des assaisonnements sucré/salé pointus et plaisants. Le Bao, thème de cet article, était très bien traité avec une cuisson impeccable et une texture bien moelleuse. Quand la nouvelle mode des Bao à Paris nous amène une pépite comme Siseng, je suis aux anges !

Ito Chan

Minuscule annexe de l’apprécié Ito, Ito Chan est le nouveau bar à ramen du quartier de Pigalle. La jeune et souriante Chef japonaise y propose sur place ou à emporter des ramen soignés et très goûtus qui méritent le détour. Mais c’est les vendredi et samedi soir que l’adresse devient véritablement incontournable. En effet, on y prépare des Gua Bao, un en-cas de rue taïwanais à l’origine de la frénésie mondiale pour les déclinaisons de pains chinois à la vapeur. Alors que cette spécialité est cuisinée aujourd’hui de façon plus ou moins heureuse aux quatre coins du globe, c’est la première fois que l’on peut la trouver dans notre belle mais conservatrice capitale.

Les Gua Bao de chez Ito Chan sont vendus par paire pour 7 €. Leur forme reprend bien le principe de la mâchoire. Le pain est moelleux et suffisamment épais. La garniture, bien qu’imaginée dans le même esprit, n’est pas identique à celle du Gua Bao traditionnel. Le chashu remplace par exemple le porc braisé chinois 滷肉 lǔ ròu. Les deux préparations sont proches mais la version japonaise destinée à la garniture des ramen est moins grasse et confite que la version taïwanaise. En définitive, ces Gua Bao s’en sortent plutôt avec les honneurs. Ils restent simples et légèrement frugales à mon goût mais l’on retrouve incontestablement les marqueurs caractéristiques avec de la fraîcheur et de l’onctuosité. Un soupçon de croquant et de générosité ne seraient pas de refus mais, pour une première, j’en ressors exaucé.

Conclusion

J’avais fondé beaucoup d’espoir dans ma recherche des meilleurs Bao traditionnels à Paris et j’avais été contrarié. À l’inverse, je partais septique dans ma quête des meilleurs Bao revisités de la capitale et j’en ressors enthousiaste. Quelque soit l’établissement, il est indéniable que les Bao proposés ont fait l’objet d’une réflexion et ne sont pas uniquement le fruit d’un effet d’aubaine. Huabu reste dans le classique et la tradition mais sort un Bao efficace et goûtu quoiqu’un peu onéreux. Yam’Tcha propose une démarche inédite, même au-delà de la France, avec des Bao aux influences occidentales et l’utilisation de produits de qualité. Dommage en revanche que le parti pris de la sous-cuisson soit si clivant et que les farces manquent autant d’intérêt. Siseng prenait des risques en s’essayant au Bao façon burger. Seulement, grâce à des recettes longuement mûries et à un pain de très bonne facture, Siseng vise en plein dans le mille et ouvre la porte d’un nouvel eldorado. Enfin, Ito Chan importe en toute discrétion les célèbres Gua Bao taïwanais. Leur version japanisante cuisinée avec délicatesse est tout à fait estimable et l’on attend avec impatience qu’elle soit disponible tous les jours de la semaine.

Mais, soyons clair, mon enthousiasme est à relativiser. D’abord, même si l’on parle maintenant d’effet de mode, vous constaterez que le nombre d’adresses façonnant des Bao modernisés à Paris reste encore très faible (bien que j’ai entendu parler de futurs projets sur le même credo). De plus, j’ai montré à l’occasion du précédent article que le monde des Bao traditionnels chinois ne se limitait pas à de basiques pains vapeur fourrés. Même dans cette sous-catégorie, les techniques de pâte, de pliage et de cuisson sont innombrables. Tout ça pour dire que l’éventail des possibilités inexploitées pour la nouvelle génération de cuisiniers français est immensément large. D’ailleurs, il suffit d’aller jeter un œil sur ce qui se fait à l’étranger pour comprendre les chemins culinaires qu’il nous reste à explorer dans cet univers ultra-créatif du Bao. De New York à Hong Kong en passant, de manière plus surprenante, par le Mexique, l’Allemagne ou la Pologne, le Bao fait des émules et n’en finit plus de surprendre. Cette thématique sera justement l’objet du troisième et dernier article de cette série consacrée aux Bao. À la prochaine !

Adresses

Huabu – 67 Rue du Faubourg Poissonnière – Paris 9ème
Yam’Tcha – 4 Rue Sauval – Paris 1er
Siseng – 82 Quai de Jemmapes – Paris 10ème
Ito Chan – 2 Rue Pierre Fontaine – Paris 9ème

NB : À lire au passage l’article de François-Régis Gaudry dans l’Express Styles.


Retrouvez ces Adresses sur la Carte de mes Adresses à Paris.





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À Propos

Je suis passionné de cuisine, j’adore aller au restaurant, j’aime découvrir Paris, j’aime voyager, goûter de nouvelles cuisines, j’adore Hong Kong, je suis fou de cuisine chinoise … Comme j’ai souvent mon appareil photo avec moi, je fais un blog de tout ça !



17 Responses to La Mode des Bao à Paris, pour le meilleur et pour le pire #2

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  2. MingouNo Gravatar says:

    Quand je vois cette mode hallucinante et que je repense au fait qu’il y a quelques années, mon père avait dû retirer ses bao maison de la formule déjeuner de son resto parce que personne n’en voulait et que les gens préféraient des nems ou des hakao à la place, ça me rend triste. Ils étaient si bons…

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Ton anecdote est très amusante. Encore aujourd’hui, j’ai parlé récemment de Baozi à des restaurateurs chinois du 13ème et eux sont convaincus que ça ne marcherait pas dans leur restos auprès de leur clientèle.

      • MingouNo Gravatar says:

        Mais pourquoi ? Tu parles de leur clientèle française ? ou chinoise ?

        • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

          Visiblement les deux mais surtout chinoise. Ils n’ont pas forcément tord car il reste quand même curieux de proposer des Baozi dans un restaurant traditionnel à la française comme le leur. Soit des Baozi façon en-cas de rue alors cela n’a rien à faire dans un resto. Ce serait comme servir des brochettes de poisson dans une assiette. Soit ce sont des Baozi plus travaillés comme les Baozi de Tianjin et là pareil, ça a plutôt vocation à se manger dans des restaurants spécialisés. De plus ça demande une main d’oeuvre qualifiée et le volume n’est pas suffisant pour destiner une personne à cette tâche. Après pour les Bao du sud, ils sont de tout de même souvent associés au Jam Caa et donc destinés à d’autres types d’établissements. Je peux comprendre que de leur point de vue, proposer ce genre de choses dans leur restaurant est incongru. Après de manière générale, les restaurateurs chinois de l’ancienne génération restent très conservateurs/frileux et ont du mal à changer des formules qui ont très bien fonctionnées en leur temps. Je les comprends aussi.

  3. Marie S.No Gravatar says:

    Merci pour cet article encore très intéressant.

    Je n’ai eu l’occasion de goûter que Yam’Tcha et Siseng pour le moment. Je partage assez tes remarques notamment sur Yam’Tcha. J’y étais allée quelques semaines après l’ouverture et j’ai été carrément déçue par cette pâte bizarre (en effet très humide, surtout si on a le malheur de la laisser un peu trop longtemps dans la boite en carton). Tu parles de clivage et c’est exactement ça. Je lis à droite à gauche des critiques aux antipodes les unes des autres. Certains sont addicts d’autres n’adhèrent pas du tout. C’est dingue. C’est d’autant plus difficile de comprendre cette interprétation que l’on est attaché aux recettes traditionnelles. Je crois qu’Adeline Grattard est allé trop loin dans sa revisite du Bao et qu’il ne reste plus que la forme (et encore) pour dire qu’il s’agit de Bao. Un comptoir à bao plus respectueux des recettes traditionnelles mais avec des produits de qualité comme elle fait aurait été génial, même à ce tarif. J’ai l’impression que cette adresse se destine beaucoup plus aux foodistas branchouilles qu’aux sinophiles gourmands. Si c’était le but recherché, c’est réussi. Vraiment dommage.

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Votre analyse est très juste. On peut s’étonner que la Chef qui a le plus d’affinité avec la recette d’origine parmi les 4 de l’article soit celle qui s’éloigne le plus des recettes traditionnelles et brouille le message avec son concept de maison de thés authentique. Et oui, je suis d’accord, c’est un comptoir taillé pour une cible bien particulière. Vu la couverture presse, la cible a été atteinte !

      • JulienNo Gravatar says:

        Bonjour, je suis client de différents restaurants, dont Yamtcha et de son comptoir à Bao. Je peux comprendre que vous n’appréciez pas ses baos. Chacun ses goûts. Toutefois, je ne pense pas que cela vous donne le droit de juger la clientèle car vous ne connaissez pas.En l’occurence vous ne me connaissez pas. Pour votre information, je n’ai le sentiment d’appartenir ni à une « cible particulière » ni à une scène foodistas branchouille. Limitez vos commentaires à ce que vous aimez dans la cuisine des autres. Ce sera mieux et surtout plus pertinent. Cordialement, julien

        • Marie S.No Gravatar says:

          Bonjour Julien,

          Si mon commentaire était partiellement pertinent en évoquant la clientèle ciblée, le vôtre l’est donc dans sa totalité.

          Il me semble que tout restaurant est imaginé pour une ciblé donnée. Rien que le banquier s’intéressera immanquablement au sujet quand on lui sollicitera un prêt. De plus, quand on ouvre un comptoir à deux pas de la Rue de Rivoli à 16 € les 5 Bao, on a déjà une petite idée de la clientèle qui sera de passage dans le coin et qui sera prête à débourser une telle somme pour s’encanailler avec de la street food de luxe.

          Je ne doute pas que vous soyez une exception.

          Marie.

  4. GuytouneNo Gravatar says:

    Bravo pour l’article et le précédent. C’était très instructif et très complet. J’aime quand les blogs vont au delà de ce que l’on trouve dans la presse conventionnelle. Que leurs auteurs donnent des opinions et creusent les sujets au delà des publi-reportages que l’on croise de plus en plus dans le monde de la gastronomie. Les journalistes sont tellement guagua des Chefs, immensément heureux de travailler dans ce milieu et soucieux d’être dans le cercle des invitations de presse, qu’ils en perdent toute objectivité dans leurs écrits. On peut ne pas être d’accord avec tout mais un peu de diversité fait du bien.

    Bon vent.

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Merci Guytoune pour votre message.

      Vous savez le monde du journalisme culinaire est vaste et diverse. Entre la malheureuse stagiaire pigiste qu’on oblige à pondre des articles à la pelle sans vérification et sans se déplacer au journaliste vedette d’un grand quotidien qui a une quasi-totale liberté, il y a de tout et pour tous les publics. Je suis content en tout cas que vous trouviez votre compte ici 🙂

      Au plaisir d’échanger de nouveau.

  5. JulienNo Gravatar says:

    Bonjour Marie,

    Je vous trouve très clivante et polémique dans vos commentaires, Marie. Je pense que le but d’un blog tel que celui du gastronome parisien est de parler de cuisine, pas des clients. Ce restaurant est en particulier aux Halles, historiquement un quartier populaire.
    Huabu, dans un autre quartier populaire, propose 2 baos pour 7 euros, soit 17,5 pour cinq Bao. A suivre votre raisonnement, il faudrait en conclure que la clientèle vient s’embourgeoiser au Huabu ?
    Franchement, parlons de goût culinaire et laissons le reste de côté. vous ne croyez pas? Julien

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Bonjour et Bienvenue sur le blog Julien,

      D’abord merci de lancer un débat ici. Je comprends votre propos. Évidemment, il y a une forme de généralité dans ce que je dis et ce que dit Marie S. Je pense que personne ne peut nier la bourgeoisie (actuelle et non historique) du quartier, le positionnement « gastronomique » (revendiqué) de ses Bao, le prix élevé (comme Huabu d’ailleurs, je l’ai écrit aussi), l’éloignement des recettes traditionnelles chinoises et le succès incroyable de ce comptoir auprès des journalistes et des blogueurs dans les médias et les réseaux sociaux. Après, est-ce que cet état de fait dit quelque chose de la clientèle ? Forcément que oui et il n’y a pas de mal à en débattre ou émettre un point de vue la dessus. Bien sûr, cela reste une généralité qui peut compter de très nombreuses exceptions. Faut-il en parler sur ce blog ? Personnellement, j’ai fait le choix de décrire la clientèle des établissements dont je parle sur le blog de manière plus ou moins précise et clivante. Le but n’est pas de mettre des gens dans des cases ni de stigmatiser telle ou telle population ou classe sociale. D’ailleurs, vous trouvez ici des adresses très branchées que j’encense et d’autres très populaires et accessibles que je trouve sans intérêt. Ce n’est donc pas un jugement de valeur ni un critère d’évaluation. Le but, de mon point de vue, est de donner de l’information aux lecteurs pour les aider à choisir des établissements dans lesquelles ils se sentiront à l’aise. Tous les restaurants ne conviennent pas à tout le monde. Je suis personnellement un modeste provincial de la classe moyenne et je reconnais sans problème ne pas être à ma place dans le lobby d’un palace ni dans un resto où la serveuse est une mannequin en mini jupe qui me met la main sur l’épaule ou me parle en anglais. Oui, je suis d’accord, tout ça n’a rien à voir avec la cuisine mais, de mon point de vue et au risque de me tromper, je pense que l’écrire aide beaucoup de gens dans leur recherche de restaurants pour telle ou telle situation de leur quotidien. C’est dans cet esprit que j’écris à ce sujet sur ce blog. J’espère que vous comprendrez davantage.

      Au plaisir de poursuivre la discussion et vous me voyez désolé si vous vous êtes senti offensé par les précédents commentaires.

      Alexandre.

  6. Les TastersNo Gravatar says:

    Je profite de la conversation extra gourmande pour mettre mon grain de sel dans la pâte, avec tout l’impolitesse que cela implique.
    Ce que je comprend dans la remarque de Julien, pour le fond et pas la forme que je ne juge pas, c’est l’association fréquente qui est faite entre un resto et une clientèle. C’est vraiment français. En Angleterre, aux USA et ailleurs parfois, il est encore possible de manger dans un lieu multi-classe, sans se reluquer/juger.
    Dès que les prix sont supérieurs ou la déco soignée, on l’associe à une catégorie souvent imaginaire (bobo, bourgeois, parisien, etc ) forcément stupide au point de suivre comme des moutons les tendances. FG Gaudry en a lui-même subi les foudres. Quand on parle aux restaurateurs, ils en souffrent beaucoup, eux qui cherchent juste à ouvrir un lieu vivant, de quartier avec des produits/recettes qu’ils aiment. C’est souvent lié à la question des ingrédients de qualité, « forcément » chers à Paris et méconnus. Peu de personne parlent ou se renseigne sur la nature des produits utilisés.

    Et là où je rejoins Alexandre, c’est le peu de blog ou de journaliste qui évoquent « objectivement » ce problème de classe à la française et de styles des lieux, ou plus exactement de l’adéquation d’une de ses adresses avec la clientèle. Le but d’un blog de qualité, fouillé et sincère comme celui ci est d’aider les gens à trouver un restaurant qui leur plait et dans lequel on se sent bien. Et ici, tout est indiqué pour le permettre.

    En ce qui concerne la cuisine, je rejoins également Alexandre sur la créativité et le classicisme. Pour ce qui concerne la street food, on trouve à l’étranger, des choses bien plus incroyables et inventives. Il faut assumer ce conservatisme national qui n’incite pas les restaurateurs à proposer de nouvelles choses. Cela change mais si lentement. On n’assiste en ce moment par exemple à ce mouvement dans la cuisine italienne à Paris. Les chefs en ont marre de nous servir des panacottas et tiramisu, et ne parlons pas des Bolognese, pour nous faire découvrir les spécialités régionales, familiales, locales. Nous vivons peut-etre une nouvelle ère…qui sait?

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Hello Les Tasters !

      Je me rends compte que j’ai eu l’impolitesse d’oublier de répondre à ton commentaire. Ce n’est pas pour autant que je ne l’ai pas trouvé extrêmement pertinent 😉

      Sur l’histoire de la clientèle des restos, tu as raison de dire que la sujet est très franco-français. Je dis régulièrement que je préfère largement aller dans les restaurants haut de gamme à l’étranger (à HK en particulier mais aussi à Londres je suis d’accord) qu’à Paris parce que je n’ai pas le sentiment d’y être jugé et catalogué. La différence principale à l’étranger est que l’on va pouvoir croiser des gens très aisés dans de petites échoppes sans prétention. A Hong Kong, je prends encore cet exemple, tu croises régulièrement des grosses vedettes et des mecs qui stationnent devant en voiture de luxe dans des bouis-bouis et des restos de chaîne. Tout ça crée une certaine mixité et brouille les cartes. A Paris, j’ai rarement croisé des gens bien propres sur eux avec la mèche sur le côté dans une cantine du 13ème (exception faite du Pho Tai car encensé par François Simon et Alain Ducasse, c’est d’ailleurs amusant à voir). Certains diront que c’est parce qu’en France on ne sait pas faire de la cuisine de qualité à petits prix, c’est une partie de l’explication en effet. Mais, sauf à se mettre de méchantes œillères, personne ne peut nier qu’il y a plusieurs Paris dans Paris et que les gens ne se mélangent pas. On pourrait croire que les choses vont en s’arrangeant mais c’est à mon avis moins parce qu’il y a un rapprochement des classes sociales que parce qu’il y a un embourgeoisement global de la capitale. Aujourd’hui la seule mixité de l’on va voir c’est en 1ère/2ème couronne où l’on a relégué une partie des familles de la classe moyenne supérieure. Je pense à des villes comme Issy les Moulineaux, Montreuil, Gentilly ou Ivry sur Seine. Malheureusement l’offre en terme de restauration y est encore très limitée mais ça bouge progressivement.

      Après là où il peut y avoir débat, c’est sur le fait de savoir si mettre en exergue le type de population d’un restaurant parisien ne participe pas à encore aggraver la situation et les préjugés. C’est un argument pertinent qui pourrait me faire changer d’avis à l’avenir. Pour l’instant je préfère être pragmatique. Je suis convaincu que Paris reste une machine à fabriquer du clivage social. C’est valable aussi en matière de restauration.

      Sur le dernier point, ça rejoint assez les échanges que nous avons eu ailleurs et nous sommes en phase là-dessus. Je trouve qu’il y a des raisons d’être optimiste sur l’évolution de la cuisine à Paris car même si on a à chaque fois un temps de retard important sur les nouvelles tendances, lorsqu’ils s’en saisissent les parisiens font toujours de très belles choses. C’est notre force.

      Bye Bye Les Tasters 😉

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