Paris 16ème Peninsula Paris

Published on juillet 17th, 2014 | by Le Gastronome Parisien

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Ouverture du Peninsula à Paris, ce que j’aimerais y découvrir…

Sur ce blog à mi-chemin entre Hong Kong et Paris, comment ne pas évoquer l’ouverture prochaine d’un hôtel Peninsula à Paris ? En effet, après avoir conquis l’Asie et l’Amérique, le groupe originaire de Hong Kong fait une entrée remarquée sur le marché européen avec une première installation avenue Kléber dans le 16ème arrondissement à deux pas des Champs-Élysées.

Peninsula ParisAlors que l’ouverture n’est prévue que le 1er août, voilà plusieurs mois qu’annonces et autres rumeurs gourmandes se succèdent dans la presse française spécialisée au sujet de ce nouvel établissement de luxe. L’immeuble parisien chargé d’histoire qui héberge le Peninsula a fait l’objet d’une restauration pharaonique, l’établissement comportera 200 chambres luxueuses, le médiatique Chef Jean-Edern Hurstel supervisera trois restaurants français, le meilleur pâtissier du monde en 2011 Julien Alvarez s’occupera des desserts et enfin l’hôtel comptera un restaurant gastronomique de cuisine cantonaise nommé joliment LiLi. Certains journalistes privilégiés comme Gilles Pudlowski ont déjà pu découvrir les lieux et les premières photos s’affichent dans les magazines ou sur le site du Peninsula. Pour ma part, j’aimerais vous en parler sous un angle différent et forcément davantage orienté sur le volet chinois de l’hôtel.

Peninsula au cœur de l’histoire de Hong Kong

PeninsulaL’origine du Peninsula remonte à la fin du 19ème siècle. En 1884, Ellis et Elly Kadoorie, deux frères d’origine irakienne, immigrent à Hong Kong et font fortune grâce au soutien de leur puissant compatriote David Sassoon. Très vite, ils possèdent la plus importante société d’énergie de la ville. Conscients du développement du marché de l’hôtellerie, notamment après avoir vécu un temps à Shanghai, les deux hommes d’affaires fondent The Hong Kong and Shanghai Hotels Limited et imaginent construire le plus bel hôtel à l’est du Canal de Suez. Malgré le décès d’Ellis Kadoorie en 1922, The Peninsula Hotel ouvre ses portes en 1928 au centre de la péninsule de Kowloon cédé quelques décennies plus tôt aux anglais. L’établissement connait un succès immédiat auprès des riches colons et des voyageurs venus d’Europe. À la fin de la seconde guerre mondiale, l’héritier de la famille Kadoorie participe à la reconstruction de Hong Kong et développe les nombreuses activités philanthropiques initiées par ses aïeux. Un film a été réalisé l’année dernière à l’occasion du 85ème anniversaire du Peninsula de Hong Kong et raconte cette aventure.

Par bien des aspects, l’histoire du Peninsula est étroitement liée à celle de la ville de Hong Kong. L’hôtel est à la fois le symbole de son passé colonial mais aussi de son développement économique. Il illustre le carrefour d’influences et de cultures qu’est Hong Kong. Il a également été l’instigateur de l’extension de la ville sur la baie de Kowloon et la vie de ses créateurs véhicule d’une certaine manière une part des valeurs de Hong Kong. Des valeurs de réussite et d’altruisme qui ont inspiré bon nombre de hongkongais par la suite.

Peninsula Hong Kong

Dans les années 70-80, le Peninsula est le lieu de rendez-vous de toutes les vedettes hongkongaises de la chanson et du cinéma. Avec l’avènement de notre société du divertissement médiatique, l’image de luxe et de prestige de l’hôtel se retrouve confortée et ancrée dans l’imaginaire des chinois. Aujourd’hui, on y croise plus facilement de riches voyageurs étrangers que des stars locales mais le lieu fait toujours autant rêver. Sans pour autant séjourner à l’hôtel, venir y prendre le thé l’après-midi dans l’élégant Lobby, boire un verre au Felix en admirant la symphonie des lumières ou déguster quelques dim sum au mythique Spring Moon reste un passage obligé lorsque l’on visite Hong Kong.

Le Peninsula de Hong Kong utilise l’image de Paris dans ses réalisations et sa communication. Hong Kong y est d’ailleurs présenté comme le Paris de l’Est. Espérons que le Peninsula parisien sera autant influencé par l’esprit de Hong Kong

Le Chef Chi Keung Tang aux commandes du restaurant cantonais LiLi

Chef Chi Keung TangIl a beaucoup été question de gastronomie française au sujet du futur Peninsula. Personnellement, je suis davantage intéressé par l’ouverture du restaurant gastronomique cantonais de l’hôtel. Après le Shang Palace du Shangri-La, le restaurant LiLi sera le second restaurant du genre en France. J’y vois un merveilleux vecteur pour mieux faire connaître la cuisine chinoise aux français.

Le vivier de Chefs cantonais travaillant pour le groupe Peninsula est impressionnant. Pour ce nouveau restaurant parisien, Peninsula frappe fort et affiche ses ambitions en allant chercher une figure du métier en la personne du Chef Chi Keung Tang 邓志强. Ce dernier profite d’une très longue expérience dans la cuisine cantonaise. Il a notamment été à l’origine de la première étoile Michelin du groupe au restaurant Hei Fung Terrace à Tokyo en 2010 au coté du talentueux Chef Frankie Tang 鄧聰能 maintenant à Hong Kong. Ces dernières années, le Chef Chi Keung Tang officiait au prestigieux restaurant Yi Long Court à Shanghai où il proposait une cuisine cantonaise traditionnelle extrêmement raffinée. Parmi ses plats signature, il y avait notamment l’Abalone braisé à la vessie de poisson, le Bœuf sauté aux oignons et aux asperges vertes, le Porc frit à la poire et au vinaigre de riz gluant ou encore la Soupe de Pétoncles séchés au Concombre de mer.

À l’image des autres restaurants du groupe, le LiLi profitera d’un environnement luxueux inspiré de l’opéra chinois. Ils ont également eu l’excellente idée de reprendre le principe d’une table des Chefs avec une vue directe sur les cuisines. Une première pour un restaurant chinois à Paris !

Ce que j’aimerais découvrir au Péninsula…

Tout ça est bien gentil mais l’hôtel n’est toujours pas ouvert et nous n’en savons encore que très peu sur d’importants détails. J’évoquais le fait que le Peninsula hongkongais s’inspirait de Paris et que j’espérais une forme de réciprocité à Paris de la part de ce groupe fortement marqué par la ville de Hong Kong. L’ouverture des hôtels Shangri-La et Mandarin Oriental à Paris avait nourri beaucoup d’espoir quant au rayonnement de la culture et de la cuisine chinoise en France. Même si le Shangri-La a beaucoup fait en ce sens, il n’en demeure pas moins que leur volontarisme reste timide et un peu trop policé à mon goût.

Aussi, l’arrivé du Peninsula en France est l’occasion de faire renaître cet espoir contrarié et de se prendre à rêver à un peu plus de l’esprit de Hong Kong à Paris. Je me suis donc livré à l’exercice de la lettre au Père Noël en répertoriant ce que j’aimerais découvrir au Péninsula…

1. Des produits typiques de la cuisine cantonaise

Tin Lung Heen Ritz Carlton Hong KongDésolé pour les âmes sensibles mais la cuisine cantonaise, ce sont des abalones, de la vessie de poisson, du nid d’hirondelle, du concombre de mer, des tortues-molles, des œufs de cent ans et j’en passe. Imaginer un restaurant cantonais traditionnel en faisant l’abstraction de ces produits est  une hérésie. Même si les premières expériences sont immanquablement compliquées, il est possible d’apprendre à les aimer. Vous croyez que les chinois aimaient il y a quelques années nos foie gras, caviar, truffe et compagnie ? Loin de là ! Que la cuisine chinoise ait été aseptisée en France par le passé, je le conçois mais il est temps de bousculer ce paradigme. Le Chef Chi Keung Tang est un expert dans l’utilisation des produits nobles de la cuisine chinoise et j’espère qu’il saura convaincre les plus réticents.

2. Une cuisine cantonaise moderne

Tin Lung Heen Ritz Carlton Hong KongDepuis des décennies, des Chefs hongkongais proposent une cuisine cantonaise extrêmement raffinée et soucieuse du respect des traditions. Loin de l’évolution parfois fantasque de la cuisine française, la cuisine cantonaise a vécu une transformation mesurée où les techniques et recettes traditionnelles restaient à la base de toute création. Aujourd’hui, les grands restaurants hongkongais comme le Lung King Heen, le Tin Lung Heen et évidemment le Spring Moon proposent une cuisine cantonaise teintée de modernité et s’ouvrant à d’autres cultures. Ceci prend des formes très diverses. Certaines recettes sont allégées, des recettes traditionnelles sont combinées, le terroir chinois est mis en avant avec des spécialités réputées comme le jambon de Jinhua, des produits sont remplacés par des équivalents plus prestigieux comme le porc ibérique ou le bœuf Wagyu et certains plats sont agrémentés de condiments étrangers comme le wasabi ou le caviar. Il est naturellement important d’afficher à Paris une cuisine cantonaise traditionnelle mais celle-ci doit suivre la tendance actuelle et ne pas donner l’impression d’être arrêtée dans le temps.

3. Un large choix de Dim Sum pour un authentique Jam Caa

Tin Lung Heen Ritz Carlton Hong KongL’art du dim sum est l’un des emblèmes de la gastronomie cantonaise à l’étranger. L’éventail de dim sum traditionnels est impressionnant et je m’efforce d’ailleurs d’en faire découvrir toujours davantage sur ce blog. Un restaurant de dim sum qui se respecte se doit de compter au moins une quarantaine de compositions à sa carte. Il n’existe pas à ce jour d’équivalent à Paris. Cuisiner les dim sum demande en effet une main d’oeuvre très importante et cette dernière doit être aguerrie à des techniques de préparation rigoureuses et répétitives. Un hôtel de luxe comme le Peninsula a le savoir-faire dans ses équipes et les moyens de réaliser une telle ambition. J’espère sincèrement que le LiLi ne se contentera pas d’un modeste menu Dim Sum avec seulement quelques grands classiques du genre et qu’il sera enfin possible de faire un véritable brunch à la cantonaise à Paris.

4. Les spécialités chinoises de la Peninsula Boutique

Le groupe Peninsula a développé toute une gamme de produits dérivés gourmands à son effigie. Ils sont vendus dans des boutiques dédiées souvent à l’intérieur des hôtels mais pas seulement. On en croise par exemple quelques unes dans les rues de Hong Kong, Tokyo ou Taiwan. Il y a en même dans l’aéroport de Hong Kong et au Peninsula de Chicago. On y trouve toutes sortes de gourmandises présentées sous forme de cadeau allant des chocolats artisanaux jusqu’aux bonbons en passant par les biscuits. Seulement, moi, je suis intéressé par les spécialités chinoises ! Sur ce registre, Peninsula commercialise du thé, des Butter Egg Rolls 蛋卷 (qu’on appelle chez nous Cigarettes russes), des Bonbons Barbe de dragon 龍鬚糖 et surtout une fabuleuse série de sauces chinoises. L’emblématique Sauce XO bien sûr (une invention d’un Chef du Peninsula) mais aussi une Sauce aux 8 trésors absolument délicieuse ou une autre au Piment et crevettes séchées. Tous ces produits avec cette qualité sont actuellement introuvables en France et l’arrivée de Peninsula à Paris serait un moyen idéal pour pouvoir s’en procurer plus facilement et impressionner toutes les belles mères chinoises !

5. La folie des Mooncakes à Paris

Peninsula MooncakesNous sommes actuellement en pleine saison des Mooncakes (ou Gâteaux de Lune) à Hong Kong. J’ai déjà évoqué cette tradition chinoise et j’ai même vanté l’année dernière les mérites des pâtissiers du Peninsula de Hong Kong ! Cette année encore, le Peninsula a employé les grands moyens pour faire de leurs Mooncakes les meilleurs et les plus prestigieux de tout Hong Kong. Il ne sera pas nécessaire de sortir la même organisation pour les commercialiser à Paris (même si la vente de Wing Wah chez Tang Frères tourne parfois à la foire d’empoigne). Quelques pâtissiers bien formés feront parfaitement l’affaire pour pouvoir profiter ici de Mooncakes authentiques faits à la main. Les pâtissiers français font preuve d’une imagination débordante pour revisiter le Mooncake à Hong Kong. Il y a là matière à construire une image moderne et vendeuse du Mooncake à Paris !

Je vais peut-être m’arrêter là… J’ai peur de paraître un peu trop exigent 🙂 J’aurais aussi pu lister avec le même engouement les cours de cuisine cantonaise, la venue d’autres Chefs chinois du groupe ou encore l’organisation de mariages à la chinoise. Je n’invente rien. Peninsula met déjà en pratique ces idées dans plusieurs de ses hôtels.

Y a-t-il un espoir que l’ensemble de ces doléances soient satisfaites à Paris ? J’ai quelques doutes. Toutefois, il n’y a pas mieux placé que le Peninsula pour y arriver. Monsieur le Directeur du Peninsula, je suis prêt à réaliser toutes les études de marché nécessaires pour vous prouver que ces propositions peuvent avec du succès à Paris !

Quoiqu’il en soit, l’ouverture du Peninsula et d’un restaurant cantonais à Paris est déjà une excellente nouvelle. Je souhaite au Chef Chi Keung Tang le même destin que celui qu’il a connu à Tokyo et plus encore. J’ai hâte de venir goûter sa cuisine et espère bien entendu pouvoir vous montrer cela très bientôt sur le blog 😉

Informations :

Peninsula Paris
19 Avenue Kléber – Paris 16ème
Métro : Kléber
Tél. : 01 58 12 28 88
paris.peninsula.com
Ouverture le 1er août 2014.

Les photos proviennent du site officiel du Peninsula.





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À Propos

Je suis passionné de cuisine, j’adore aller au restaurant, j’aime découvrir Paris, j’aime voyager, goûter de nouvelles cuisines, j’adore Hong Kong, je suis fou de cuisine chinoise … Comme j’ai souvent mon appareil photo avec moi, je fais un blog de tout ça !



14 Responses to Ouverture du Peninsula à Paris, ce que j’aimerais y découvrir…

  1. Julie F.No Gravatar says:

    Article passionnant !

    Je ne connaissais pas du tout l’histoire du groupe Peninsula et ton histoire et la vidéo m’ont beaucoup intéressé. Je croyais que c’était une chaîne d’hôtels comme une autre…

    On sent l’expert sur la liste au Père Noël… Je crois assez dans la cuisine cantonaise moderne et les produits de la boutique mais pour le reste je pense qu’il y a peu d’espoir. Je te rejoins en tout cas complètement sur toutes ces doléances. Un vrai restaurant de dim sum à Paris même cher serait génial. J’oppose malgré tout une réserve sur les concombres de mer et les tortues-molles 😉 Ça c’est pas obligatoire !

    J’attendrai la rentrée pour y aller mais je compte bien goûter la cuisine du Chef aussi.

    Merci et a+

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Merci Julie !

      Ah oui, une bonne tortue à la patte de canard braisée ça ne te dit pas ? 😉 On en d’accord, c’est peut-être un peu extrême, il faut y aller par étape.

      à bientôt !

  2. ThomassouNo Gravatar says:

    Exigent ? à peine 😉

    Tu as raison, la venue à Paris d’un Chef de ce niveau est très enthousiasmante. J’espère que sa carte cachera quelques belles surprises effectivement dans l’esprit de ce que tu dis. Une cuisine en même temps traditionnelle et moderne. La formulation est paradoxale mais résume assez bien la nature de la cuisine que l’on voit en ce moment dans les palaces de Hong Kong.

    Si ça te dit d’y aller ensemble, je reviens en Janvier ! Je ne sais pas si tu pourras tenir jusque là…:p

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Hello !

      Oui je crois que j’irai avant Janvier mais nous pourrons très bien y retourner ensemble 😉 Je sais que tu es un expert en cuisine cantonaise de luxe !

      à bientôt Thomassou

  3. GraceNo Gravatar says:

    Est-ce possible, Monsieur le Directeur du Peninsula, de servir les dim sum sur les traditionnelles tables roulantes chauffées ? Please please please ?

    • Le Gastronome ParisienNo Gravatar says:

      Voilà une bonne idée ! Je suis sûr qu’une experte comme toi en a d’autres en réserve 😉 Je te verrais même bien conseillère spéciale du Peninsula !

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  5. GraceNo Gravatar says:

    S’il y a une ouverture de poste « Goûteur de Dim Sum » et « Testeur de Lit Double », je postule illico 😉

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